| | Louis Segond | David Martin | Abbé Crampon |
| 1 | Job prit la parole et dit : | Mais Job répondit, et dit: | Alors Job prit la parole et dit : |
| 2 | Je sais bien qu'il en est ainsi ; Comment l'homme serait-il juste devant Dieu ? | Certainement je sais que cela est ainsi; et comment l'homme mortel se justifierait-il devant le Dieu Fort? | Je sais bien qu'il en est ainsi : comment l'homme serait-il juste vis-à-vis de Dieu ? |
| 3 | S'il voulait contester avec lui, Sur mille choses il ne pourrait répondre à une seule. | Si Dieu veut plaider avec lui, de mille articles il ne saurait lui répondre sur un seul. | S'il voulait contester avec lui, sur mille choses il ne pourrait répondre à une seule. |
| 4 | A lui la sagesse et la toute-puissance : Qui lui résisterait impunément ? | Dieu est sage de coeur, et puissant en force. Qui est-ce qui s'est opposé à lui, et s'en est bien trouvé? | Dieu est sage en son coeur, et puissant en force qui lui a résisté, et est demeuré en paix ? |
| 5 | Il transporte soudain les montagnes, Il les renverse dans sa colère. | Il transporte les montagnes, et quand il les renverse en sa fureur, elles n'en connaissent rien. | Il transporte les montagnes, sans qu'elles le sachent, il les renverse dans sa colère; |
| 6 | Il secoue la terre sur sa base, Et ses colonnes sont ébranlées. | Il remue la terre de sa place, et ses piliers sont ébranlés. | Il secoue la terre sur sa base, et ses colonnes sont ébranlées. |
| 7 | Il commande au soleil, et le soleil ne paraît pas ; Il met un sceau sur les étoiles. | Il parle au soleil, et le soleil ne se lève point; et c'est lui qui tient les étoiles sous son cachet. | Il commande au soleil, et le soleil ne se lève pas; il met un sceau sur les étoiles. |
| 8 | Seul, il étend les cieux, Il marche sur les hauteurs de la mer. | C'est lui seul qui étend les cieux; qui marche sur les hauteurs de la mer; | Seul, il étend les cieux, il marche sur les hauteurs de la mer. |
| 9 | Il a créé la Grande Ourse, l'Orion et les Pléiades, Et les étoiles des régions australes. | Qui a fait le chariot, et l'Orion, et la Poussinière, et les signes qui sont au fond du Midi; | Il a créé la Grande Ourse, Orion, les Pléiades, et les régions du ciel austral. |
| 10 | Il fait des choses grandes et insondables, Des merveilles sans nombre. | Qui fait des choses si grandes qu'on ne les peut sonder; et tant de choses merveilleuses, qu'on ne les peut compter. | Il fait des merveilles qu'on ne peut sonder, des prodiges qu'on ne saurait compter. |
| 11 | Voici, il passe près de moi, et je ne le vois pas, Il s'en va, et je ne l'aperçois pas. | Voici, il passera près de moi, et je ne le verrai point; et il repassera, et je ne l'apercevrai point. | Voici qu'il passe près de moi, et je ne le vois pas il s'éloigne, sans que je l'aperçoive. |
| 12 | S'il enlève, qui s'y opposera ? Qui lui dira : Que fais-tu ? | Voilà, s'il ravit, qui le lui fera rendre? et qui est-ce qui lui dira: Que fais-tu? | S'il ravit une proie, qui s'y opposera, qui lui dira : « Que fais-tu ? » |
| 13 | Dieu ne retire point sa colère ; Sous lui s'inclinent les appuis de l'orgueil. | Dieu ne retire point sa colère, et les hommes superbes qui viennent au secours, sont abattus sous lui. | Dieu! Rien ne fléchit sa colère : devant lui s'inclinent les légions d'orgueil. |
| 14 | Et moi, comment lui répondre ? Quelles paroles choisir ? | Combien moins lui répondrais-je, moi et arrangerais-je mes paroles contre lui? | Et moi je songerais à lui répondre, à choisir mes paroles pour discuter avec lui! |
| 15 | Quand je serais juste, je ne répondrais pas ; Je ne puis qu'implorer mon juge. | Moi, je ne lui répondrai point, quand même je serais juste, mais je demanderai grâce à mon juge. | Aurais-je pour moi la justice, je ne répondrais pas. J'implorerais la clémence de mon juge. |
| 16 | Et quand il m'exaucerait, si je l'invoque, Je ne croirais pas qu'il eût écouté ma voix, | Si je l'invoque, et qu'il me réponde, encore ne croirai-je point qu'il ait écouté ma voix. | Même s'il se rendait à mon appel, je ne croirais pas qu'il eût écouté ma voix : |
| 17 | Lui qui m'assaille comme par une tempête, Qui multiplie sans raison mes blessures, | Car il m'a écrasé du milieu d'un tourbillon, et il a ajouté plaie sur plaie, sans que je l'aie mérité. | lui qui me brise comme dans un tourbillon, et multiplie mes blessures sans motif; |
| 18 | Qui ne me laisse pas respirer, Qui me rassasie d'amertume. | Il ne me permet point de reprendre haleine, mais il me remplit d'amertumes. | qui ne me laisse point respirer, et me rassasie d'amertume. |
| 19 | Recourir à la force ? Il est Tout Puissant. A la justice ? Qui me fera comparaître ? | S'il est question de savoir qui est le plus fort; voilà, il est fort; et s'il est question d'aller en justice, qui est-ce qui m'y fera comparaître? | S'agit-il de force, voici qu'il est fort, s'agit-il de droit, il dit : « Qui m'assigne ? » |
| 20 | Suis-je juste, ma bouche me condamnera ; Suis-je innocent, il me déclarera coupable. | Si je me justifie, ma propre bouche me condamnera; si je me fais parfait, il me convaincra d'être coupable. | Serais-je irréprochable, ma bouche même me condamnerait; serais-je innocent, elle me déclarerait pervers. |
| 21 | Innocent ! Je le suis ; mais je ne tiens pas à la vie, Je méprise mon existence. | Quand je serais parfait, je ne me soucierais pas de vivre, je dédaignerais la vie. | Innocent! Je le suis; je ne tiens pas à l'existence, et la vie m'est à charge. |
| 22 | Qu'importe après tout ? Car, j'ose le dire, Il détruit l'innocent comme le coupable. | Tout revient à un; c'est pourquoi j'ai dit qu'il consume l'homme juste et le méchant. | Il m'importe après tout; c'est pourquoi j'ai dit : « Il fait périr également le juste et l'impie. » |
| 23 | Si du moins le fléau donnait soudain la mort !... Mais il se rit des épreuves de l'innocent. | Au moins si le fléau dont il frappe faisait mourir tout aussitôt; mais il se rit de l'épreuve des innocents. | Si du moins le fléau tuait d'un seul coup! Hélas! Il se rit des épreuves de l'innocent! |
| 24 | La terre est livrée aux mains de l'impie ; Il voile la face des juges. Si ce n'est pas lui, qui est-ce donc ? | C'est par lui que la terre est livrée entre les mains du méchant; c'est lui qui couvre la face des juges de la terre; et si ce n'est pas lui, qui est-ce donc? | La terre est livrée aux mains du méchant, Dieu voile la face de ses juges : si ce n'est pas lui, qui est-ce donc ? |
| 25 | Mes jours sont plus rapides qu'un courrier ; Ils fuient sans avoir vu le bonheur ; | Or mes jours ont été plus vite qu'un courrier; ils s'en sont fuis, et n'ont point vu de bien. | Mes jours sont plus rapides qu'un courrier, ils fuient sans avoir vu le bonheur; |
| 26 | Ils passent comme les navires de jonc, Comme l'aigle qui fond sur sa proie. | Ils ont passé comme des barques de poste; comme un aigle qui vole après la proie. | ils passent comme la barque de jonc, comme l'aigle qui fond sur sa proie. |
| 27 | Si je dis : Je veux oublier mes souffrances, Laisser ma tristesse, reprendre courage, | Si je dis: J'oublierai ma plainte, je renoncerai à ma colère, je me fortifierai; | Si je dis : « Je veux oublier ma plainte, quitter mon air triste, prendre un air joyeux, » |
| 28 | Je suis effrayé de toutes mes douleurs. Je sais que tu ne me tiendras pas pour innocent. | Je suis épouvanté de tous mes tourments. Je sais que tu ne me jugeras point innocent. | je tremble pour toutes mes douleurs, je sais que tu ne me tiendras pas pour innocent. |
| 29 | Je serai jugé coupable ; Pourquoi me fatiguer en vain ? | Je serai trouvé méchant; pourquoi travaillerais-je en vain? | Je serai jugé coupable : pourquoi prendre une peine inutile ? |
| 30 | Quand je me laverais dans la neige, Quand je purifierais mes mains avec du savon, | Si je me lave dans de l'eau de neige, et que je nettoie mes mains dans la pureté, | Quand je me laverais dans la neige, quand je purifierais mes mains avec le bore, |
| 31 | Tu me plongerais dans la fange, Et mes vêtements m'auraient en horreur. | Alors tu me plongeras dans un fossé, et mes vêtements m'auront en horreur. | tu me plongerais dans la fange, et mes vêtements m'auraient en horreur. |
| 32 | Il n'est pas un homme comme moi, pour que je lui réponde, Pour que nous allions ensemble en justice. | Car il n'est pas comme moi un homme, pour que je lui réponde, et que nous allions ensemble en jugement. | Dieu n'est pas un homme comme moi, pour que je lui réponde, pour que nous comparaissions ensemble en justice. |
| 33 | Il n'y a pas entre nous d'arbitre, Qui pose sa main sur nous deux. | Mais il n'y a personne qui prît connaissance de la cause qui serait entre nous, et qui mît la main sur nous deux. | Il n'y a pas entre nous d'arbitre qui pose sa main sur nous deux. |
| 34 | Qu'il retire sa verge de dessus moi, Que ses terreurs ne me troublent plus ; | Qu'il ôte donc sa verge de dessus moi, et que la frayeur que j'ai de lui ne me trouble plus. | Qu'il retire sa verge de dessus moi, que ses terreurs cessent de m'épouvanter : |
| 35 | Alors je parlerai et je ne le craindrai pas. Autrement, je ne suis point à moi-même. | Je parlerai, et je ne le craindrai point; mais dans l'état où je suis je ne suis point à moi-même. | alors je parlerai sans le craindre; autrement, je ne suis point à moi-même. |