| | Louis Segond | David Martin |
| 1 | Job prit la parole et dit : | Mais Job répondit, et dit: |
| 2 | Oh ! s'il était possible de peser ma douleur, Et si toutes mes calamités étaient sur la balance, | Plût à Dieu que mon indignation fût bien pesée, et qu'on mît ensemble dans une balance ma calamité! |
| 3 | Elles seraient plus pesantes que le sable de la mer ; Voilà pourquoi mes paroles vont jusqu'à la folie ! | Car elle serait plus pesante que le sable de la mer; c'est pourquoi mes paroles sont englouties. |
| 4 | Car les flèches du Tout Puissant m'ont percé, Et mon âme en suce le venin ; Les terreurs de Dieu se rangent en bataille contre moi. | Parce que les flèches du Tout-puissant sont au dedans de moi; mon esprit en suce le venin; les frayeurs de Dieu se dressent en bataille contre moi. |
| 5 | L'âne sauvage crie-t-il auprès de l'herbe tendre ? Le boeuf mugit-il auprès de son fourrage ? | L'âne sauvage braira-t-il après l'herbe, et le boeuf mugira-t-il après son fourrage? |
| 6 | Peut-on manger ce qui est fade et sans sel ? Y a-t-il de la saveur dans le blanc d'un oeuf ? | Mangera-t-on sans sel ce qui est fade? trouvera-t-on de la saveur dans le blanc d'un oeuf? |
| 7 | Ce que je voudrais ne pas toucher, C'est là ma nourriture, si dégoûtante soit-elle ! | Mais pour moi, les choses que je n'aurais pas seulement voulu toucher, sont des saletés qu'il faut que je mange. |
| 8 | Puisse mon voeu s'accomplir, Et Dieu veuille réaliser mon espérance ! | Plût à Dieu que ce que je demande m'arrivât, et que Dieu me donnât ce que j'attends; |
| 9 | Qu'il plaise à Dieu de m'écraser, Qu'il étende sa main et qu'il m'achève ! | Et que Dieu voulût m'écraser, et qu'il voulût lâcher sa main pour m'achever! |
| 10 | Il me restera du moins une consolation, Une joie dans les maux dont il m'accable : Jamais je n'ai transgressé les ordres du Saint. | Mais j'ai encore cette consolation, quoique la douleur me consume, et qu'elle ne m'épargne point, que je n'ai point tû les paroles du Saint. |
| 11 | Pourquoi espérer quand je n'ai plus de force ? Pourquoi attendre quand ma fin est certaine ? | Quelle est ma force, que je puisse soutenir de si grands maux? et quelle en est la fin, que je puisse prolonger ma vie? |
| 12 | Ma force est-elle une force de pierre ? Mon corps est-il d'airain ? | Ma force est-elle une force de pierre, et ma chair est-elle d'acier? |
| 13 | Ne suis-je pas sans ressource, Et le salut n'est-il pas loin de moi ? | Ne suis-je pas destitué de secours, et tout appui n'est-il pas éloigné de moi? |
| 14 | Celui qui souffre a droit à la compassion de son ami, Même quand il abandonnerait la crainte du Tout Puissant. | A celui qui se fond sous l'ardeur des maux, est due la compassion de son ami; mais il a abandonné la crainte du Tout-puissant. |
| 15 | Mes frères sont perfides comme un torrent, Comme le lit des torrents qui disparaissent. | Mes frères m'ont manqué comme un torrent, comme le cours impétueux des torrents qui passent; |
| 16 | Les glaçons en troublent le cours, La neige s'y précipite ; | Lesquels on ne voit point à cause de la glace, et sur lesquels s'entasse la neige; |
| 17 | Viennent les chaleurs, et ils tarissent, Les feux du soleil, et leur lit demeure à sec. | Lesquels, au temps que la chaleur donne dessus, défaillent; quand ils sentent la chaleur, ils disparaissent de leur lieu; |
| 18 | Les caravanes se détournent de leur chemin, S'enfoncent dans le désert, et périssent. | Lesquels serpentant çà et là par les chemins, se réduisent à rien, et se perdent. |
| 19 | Les caravanes de Théma fixent le regard, Les voyageurs de Séba sont pleins d'espoir ; | Les troupes des voyageurs de Téma y pensaient, ceux qui vont en Séba s'y attendaient; |
| 20 | Ils sont honteux d'avoir eu confiance, Ils restent confondus quand ils arrivent. | Mais ils sont honteux d'y avoir espéré; ils y sont allés, et ils en ont rougi. |
| 21 | Ainsi, vous êtes comme si vous n'existiez pas ; Vous voyez mon angoisse, et vous en avez horreur ! | Certes, vous m'êtes devenus inutiles; vous avez vu ma calamité étonnante, et vous en avez eu horreur. |
| 22 | Vous ai-je dit : Donnez-moi quelque chose, Faites en ma faveur des présents avec vos biens, | Est-ce que je vous ai dit: Apportez-moi et me faites des présents de votre bien? |
| 23 | Délivrez-moi de la main de l'ennemi, Rachetez-moi de la main des méchants ? | Et délivrez-moi de la main de l'ennemi, et me rachetez de la main des terribles? |
| 24 | Instruisez-moi, et je me tairai ; Faites-moi comprendre en quoi j'ai péché. | Enseignez-moi, et je me tairai; et faites-moi entendre en quoi j'ai erré. |
| 25 | Que les paroles vraies sont persuasives ! Mais que prouvent vos remontrances ? | Ô combien sont fortes les paroles de vérité! mais votre censure, à quoi tend-elle? |
| 26 | Voulez-vous donc blâmer ce que j'ai dit, Et ne voir que du vent dans les discours d'un désespéré ? | Pensez-vous qu'il ne faille avoir que des paroles pour censurer; et que les discours de celui qui est hors d'espérance, ne soient que du vent? |
| 27 | Vous accablez un orphelin, Vous persécutez votre ami. | Vous vous jetez même sur un orphelin, et vous percez votre intime ami. |
| 28 | Regardez-moi, je vous prie ! Vous mentirais-je en face ? | Mais maintenant je vous prie regardez-moi bien, si je mens en votre présence! |
| 29 | Revenez, ne soyez pas injustes ; Revenez, et reconnaissez mon innocence. | Revenez, je vous prie, et qu'il n'y ait point d'injustice en vous; oui, revenez encore; car je ne suis point coupable en cela. |
| 30 | Y a-t-il de l'iniquité sur ma langue, Et ma bouche ne discerne-t-elle pas le mal ? | Y a-t-il de l'iniquité en ma langue? et mon palais ne sait-il pas discerner mes calamités? |