| | Louis Segond | Abbé Crampon |
| 1 | Job prit la parole et dit : | Alors Job prit la parole et dit : |
| 2 | Oh ! s'il était possible de peser ma douleur, Et si toutes mes calamités étaient sur la balance, | Oh! S'il était possible de peser mon affliction, et de mettre toutes ensemble mes calamités dans la balance!... |
| 3 | Elles seraient plus pesantes que le sable de la mer ; Voilà pourquoi mes paroles vont jusqu'à la folie ! | Elles seraient plus pesantes que le sable de la mer : voilà pourquoi mes paroles vont jusqu'à la folie. |
| 4 | Car les flèches du Tout Puissant m'ont percé, Et mon âme en suce le venin ; Les terreurs de Dieu se rangent en bataille contre moi. | Car les flèches du Tout-Puissant me transpercent, et mon âme en boit le venin; les terreurs de Dieu sont rangées en bataille contre moi. |
| 5 | L'âne sauvage crie-t-il auprès de l'herbe tendre ? Le boeuf mugit-il auprès de son fourrage ? | Est-ce que l'onagre rugit auprès de l'herbe tendre ? Est-ce que le boeuf mugit devant sa pâture ? |
| 6 | Peut-on manger ce qui est fade et sans sel ? Y a-t-il de la saveur dans le blanc d'un oeuf ? | Comment se nourrir d'un mets fade et sans sel, ou bien trouver du goût au jus d'une herbe insipide ? |
| 7 | Ce que je voudrais ne pas toucher, C'est là ma nourriture, si dégoûtante soit-elle ! | Ce que mon âme se refuse à toucher, c'est là mon pain, tout couvert de souillures. |
| 8 | Puisse mon voeu s'accomplir, Et Dieu veuille réaliser mon espérance ! | Qui me donnera que mon voeu s'accomplisse, et que Dieu réalise mon attente! |
| 9 | Qu'il plaise à Dieu de m'écraser, Qu'il étende sa main et qu'il m'achève ! | Que Dieu daigne me briser, qu'il laisse aller sa main et qu'il tranche mes jours! |
| 10 | Il me restera du moins une consolation, Une joie dans les maux dont il m'accable : Jamais je n'ai transgressé les ordres du Saint. | Et qu'il me reste du moins cette consolation, que j'en tressaille dans les maux dont il m'accable : de n'avoir jamais transgressé les commandements du Saint! |
| 11 | Pourquoi espérer quand je n'ai plus de force ? Pourquoi attendre quand ma fin est certaine ? | Quelle est ma force, pour que j'attende ? Quelle est la durée de mes jours, pour que j'aie patience ? |
| 12 | Ma force est-elle une force de pierre ? Mon corps est-il d'airain ? | Ma force est-elle la force des pierres, et ma chair est-elle d'airain ? |
| 13 | Ne suis-je pas sans ressource, Et le salut n'est-il pas loin de moi ? | Ne suis-je pas dénué de tout secours, et tout espoir de salut ne m'est-il pas enlevé ? |
| 14 | Celui qui souffre a droit à la compassion de son ami, Même quand il abandonnerait la crainte du Tout Puissant. | Le malheureux a droit à la pitié de son ami, eût-il même abandonné la crainte du Tout-Puissant. |
| 15 | Mes frères sont perfides comme un torrent, Comme le lit des torrents qui disparaissent. | Mes frères ont été perfides comme le torrent, comme l'eau des torrents qui s'écoulent. |
| 16 | Les glaçons en troublent le cours, La neige s'y précipite ; | Les glaçons en troublent le cours, la neige disparaît dans leurs flots. |
| 17 | Viennent les chaleurs, et ils tarissent, Les feux du soleil, et leur lit demeure à sec. | Au temps de la sécheresse, ils s'évanouissent; aux premières chaleurs, leur lit est desséché. |
| 18 | Les caravanes se détournent de leur chemin, S'enfoncent dans le désert, et périssent. | Dans des sentiers divers leurs eaux se perdent, elles s'évaporent dans les airs, et ils tarissent. |
| 19 | Les caravanes de Théma fixent le regard, Les voyageurs de Séba sont pleins d'espoir ; | Les caravanes de Théma comptaient sur eux; les voyageurs de Saba espéraient en eux; |
| 20 | Ils sont honteux d'avoir eu confiance, Ils restent confondus quand ils arrivent. | ils sont frustrés dans leur attente; arrivés sur leurs bords, ils restent confondus. |
| 21 | Ainsi, vous êtes comme si vous n'existiez pas ; Vous voyez mon angoisse, et vous en avez horreur ! | Ainsi vous me manquez à cette heure; à la vue de l'infortune, vous fuyez épouvantés. |
| 22 | Vous ai-je dit : Donnez-moi quelque chose, Faites en ma faveur des présents avec vos biens, | Vous ai-je dit : « Donnez-moi quelque chose, faites-moi part de vos biens, |
| 23 | Délivrez-moi de la main de l'ennemi, Rachetez-moi de la main des méchants ? | délivrez-moi de la main de l'ennemi, arrachez-moi de la main des brigands ? » |
| 24 | Instruisez-moi, et je me tairai ; Faites-moi comprendre en quoi j'ai péché. | Instruisez-moi, et je vous écouterai en silence; faites-moi voir en quoi j'ai failli. |
| 25 | Que les paroles vraies sont persuasives ! Mais que prouvent vos remontrances ? | Qu'elles ont de force les paroles équitables! Mais sur quoi tombe votre blâme ? |
| 26 | Voulez-vous donc blâmer ce que j'ai dit, Et ne voir que du vent dans les discours d'un désespéré ? | Voulez-vous donc censurer des mots ? Les discours échappés au désespoir sont la proie du vent. |
| 27 | Vous accablez un orphelin, Vous persécutez votre ami. | Ah! Vous jetez le filet sur un orphelin, vous creusez un piège à votre ennemi! |
| 28 | Regardez-moi, je vous prie ! Vous mentirais-je en face ? | Maintenant, daignez vous retourner vers moi, et vous verrez si je vous mens en face. |
| 29 | Revenez, ne soyez pas injustes ; Revenez, et reconnaissez mon innocence. | Revenez, ne soyez pas injustes; revenez, et mon innocence apparaîtra. |
| 30 | Y a-t-il de l'iniquité sur ma langue, Et ma bouche ne discerne-t-elle pas le mal ? | Y a-t-il de l'iniquité sur ma langue, ou bien mon palais ne sait-il pas discerner le mal ? |