| | Louis Segond | David Martin |
| 1 | Et maintenant !... je suis la risée de plus jeunes que moi, De ceux dont je dédaignais de mettre les pères Parmi les chiens de mon troupeau. | Mais maintenant ceux qui sont plus jeunes que moi, se moquent de moi; ceux-là même dont je n'aurais pas daigné mettre les pères avec les chiens de mon troupeau. |
| 2 | Mais à quoi me servirait la force de leurs mains ? Ils sont incapables d'atteindre la vieillesse. | Et en effet, de quoi m'eût servi la force de leurs mains? la vieillesse était périe en eux. |
| 3 | Desséchés par la misère et la faim, Ils fuient dans les lieux arides, Depuis longtemps abandonnés et déserts ; | De disette et de faim ils se tenaient à l'écart, fuyant dans les lieux arides, ténébreux, désolés, et déserts. |
| 4 | Ils arrachent près des arbrisseaux les herbes sauvages, Et ils n'ont pour pain que la racine des genêts. | Ils coupaient des herbes sauvages auprès des arbrisseaux, et la racine des genévriers pour se chauffer. |
| 5 | On les chasse du milieu des hommes, On crie après eux comme après des voleurs. | Ils étaient chassés d'entre les hommes, et on criait après eux comme après un larron. |
| 6 | Ils habitent dans d'affreuses vallées, Dans les cavernes de la terre et dans les rochers ; | Ils habitaient dans les creux des torrents, dans les trous de la terre et des rochers. |
| 7 | Ils hurlent parmi les buissons, Ils se rassemblent sous les ronces. | Ils faisaient du bruit entre les arbrisseaux, et ils s'attroupaient entre les chardons. |
| 8 | Etres vils et méprisés, On les repousse du pays. | Ce sont des hommes de néant, et sans nom, qui ont été abaissés plus bas que la terre. |
| 9 | Et maintenant, je suis l'objet de leurs chansons, Je suis en butte à leurs propos. | Et maintenant je suis le sujet de leur chanson, et la matière de leur entretien. |
| 10 | Ils ont horreur de moi, ils se détournent, Ils me crachent au visage. | Ils m'ont en abomination; ils se tiennent loin de moi; et ils ne craignent pas de me cracher au visage. |
| 11 | Ils n'ont plus de retenue et ils m'humilient, Ils rejettent tout frein devant moi. | Parce que Dieu a détendu ma corde, et m'a affligé, ils ont secoué le frein devant moi. |
| 12 | Ces misérables se lèvent à ma droite et me poussent les pieds, Ils se fraient contre moi des sentiers pour ma ruine ; | De jeunes gens, nouvellement nés, se placent à ma droite; ils poussent mes pieds, et je suis en butte à leur malice. |
| 13 | Ils détruisent mon propre sentier et travaillent à ma perte, Eux à qui personne ne viendrait en aide ; | Ils ruinent mon sentier, ils augmentent mon affliction, sans qu'ils aient besoin que personne les aide. |
| 14 | Ils arrivent comme par une large brèche, Ils se précipitent sous les craquements. | Ils viennent contre moi comme par une brèche large, et ils se sont jetés sur moi à cause de ma désolation. |
| 15 | Les terreurs m'assiègent ; Ma gloire est emportée comme par le vent, Mon bonheur a passé comme un nuage. | Les frayeurs se sont tournées vers moi, et comme un vent elles poursuivent mon âme; et ma délivrance s'est dissipée comme une nuée. |
| 16 | Et maintenant, mon âme s'épanche en mon sein, Les jours de la souffrance m'ont saisi. | C'est pourquoi maintenant mon âme se fond en moi; les jours d'affliction m'ont atteint. |
| 17 | La nuit me perce et m'arrache les os, La douleur qui me ronge ne se donne aucun repos, | Il m'a percé de nuit les os, et mes artères n'ont point de relâche. |
| 18 | Par la violence du mal mon vêtement perd sa forme, Il se colle à mon corps comme ma tunique. | Il a changé mon vêtement par la grandeur de sa force, et il me serre de près, comme fait l'ouverture de ma tunique. |
| 19 | Dieu m'a jeté dans la boue, Et je ressemble à la poussière et à la cendre. | Il m'a jeté dans la boue, et je ressemble à la poussière et à la cendre. |
| 20 | Je crie vers toi, et tu ne me réponds pas ; Je me tiens debout, et tu me lances ton regard. | Je crie à toi, et tu ne m'exauces point; je me tiens debout, et tu ne me regardes point. |
| 21 | Tu deviens cruel contre moi, Tu me combats avec la force de ta main. | Tu es pour moi sans compassion, tu me traites en ennemi par la force de ta main. |
| 22 | Tu mu soulèves, tu mu fais voler au-dessus du vent, Et tu m'anéantis au bruit de la tempête. | Tu m'as élevé comme sur le vent, et tu m'y as fait monter comme sur un chariot, et puis tu fais fondre toute ma substance. |
| 23 | Car, je le sais, tu me mènes à la mort, Au rendez-vous de tous les vivants. | Je sais donc que tu m'amèneras à la mort et dans la maison assignée à tous les vivants. |
| 24 | Mais celui qui va périr n'étend-il pas les mains ? Celui qui est dans le malheur n'implore-t-il pas du secours ? | Mais il n'étendra pas sa main jusqu'au sépulcre. Quand il les aura tués, crieront-ils? |
| 25 | N'avais-je pas des larmes pour l'infortuné ? Mon coeur n'avait-il pas pitié de l'indigent ? | Ne pleurais-je pas pour l'amour de celui qui passait de mauvais jours; et mon âme n'était-elle pas affligée à cause du pauvre? |
| 26 | J'attendais le bonheur, et le malheur est arrivé ; J'espérais la lumière, et les ténèbres sont venues. | Cependant lorsque j'attendais le bien, le mal m'est arrivé; et quand j'espérais la clarté, les ténèbres sont venues. |
| 27 | Mes entrailles bouillonnent sans relâche, Les jours de la calamité m'ont surpris. | Mes entrailles sont dans une grande agitation, et ne peuvent se calmer; les jours d'affliction m'ont prévenu. |
| 28 | Je marche noirci, mais non par le soleil ; Je me lève en pleine assemblée, et je crie. | Je marche tout noirci, mais non pas du soleil; je me lève, je crie en pleine assemblée. |
| 29 | Je suis devenu le frère des chacals, Le compagnon des autruches. | Je suis devenu le frère des dragons, et le compagnon des hiboux. |
| 30 | Ma peau noircit et tombe, Mes os brûlent et se dessèchent. | Ma peau est devenue noire sur moi, et mes os sont desséchés par l'ardeur qui me consume. |
| 31 | Ma harpe n'est plus qu'un instrument de deuil, Et mon chalumeau ne peut rendre que des sons plaintifs. | C'est pourquoi ma harpe s'est changée en lamentations, et mes orgues en des sons lugubres. |