| | Version Louis Segond |
| 1 | Et maintenant !... je suis la risée de plus jeunes que moi, De ceux dont je dédaignais de mettre les pères Parmi les chiens de mon troupeau. |
| 2 | Mais à quoi me servirait la force de leurs mains ? Ils sont incapables d'atteindre la vieillesse. |
| 3 | Desséchés par la misère et la faim, Ils fuient dans les lieux arides, Depuis longtemps abandonnés et déserts ; |
| 4 | Ils arrachent près des arbrisseaux les herbes sauvages, Et ils n'ont pour pain que la racine des genêts. |
| 5 | On les chasse du milieu des hommes, On crie après eux comme après des voleurs. |
| 6 | Ils habitent dans d'affreuses vallées, Dans les cavernes de la terre et dans les rochers ; |
| 7 | Ils hurlent parmi les buissons, Ils se rassemblent sous les ronces. |
| 8 | Etres vils et méprisés, On les repousse du pays. |
| 9 | Et maintenant, je suis l'objet de leurs chansons, Je suis en butte à leurs propos. |
| 10 | Ils ont horreur de moi, ils se détournent, Ils me crachent au visage. |
| 11 | Ils n'ont plus de retenue et ils m'humilient, Ils rejettent tout frein devant moi. |
| 12 | Ces misérables se lèvent à ma droite et me poussent les pieds, Ils se fraient contre moi des sentiers pour ma ruine ; |
| 13 | Ils détruisent mon propre sentier et travaillent à ma perte, Eux à qui personne ne viendrait en aide ; |
| 14 | Ils arrivent comme par une large brèche, Ils se précipitent sous les craquements. |
| 15 | Les terreurs m'assiègent ; Ma gloire est emportée comme par le vent, Mon bonheur a passé comme un nuage. |
| 16 | Et maintenant, mon âme s'épanche en mon sein, Les jours de la souffrance m'ont saisi. |
| 17 | La nuit me perce et m'arrache les os, La douleur qui me ronge ne se donne aucun repos, |
| 18 | Par la violence du mal mon vêtement perd sa forme, Il se colle à mon corps comme ma tunique. |
| 19 | Dieu m'a jeté dans la boue, Et je ressemble à la poussière et à la cendre. |
| 20 | Je crie vers toi, et tu ne me réponds pas ; Je me tiens debout, et tu me lances ton regard. |
| 21 | Tu deviens cruel contre moi, Tu me combats avec la force de ta main. |
| 22 | Tu mu soulèves, tu mu fais voler au-dessus du vent, Et tu m'anéantis au bruit de la tempête. |
| 23 | Car, je le sais, tu me mènes à la mort, Au rendez-vous de tous les vivants. |
| 24 | Mais celui qui va périr n'étend-il pas les mains ? Celui qui est dans le malheur n'implore-t-il pas du secours ? |
| 25 | N'avais-je pas des larmes pour l'infortuné ? Mon coeur n'avait-il pas pitié de l'indigent ? |
| 26 | J'attendais le bonheur, et le malheur est arrivé ; J'espérais la lumière, et les ténèbres sont venues. |
| 27 | Mes entrailles bouillonnent sans relâche, Les jours de la calamité m'ont surpris. |
| 28 | Je marche noirci, mais non par le soleil ; Je me lève en pleine assemblée, et je crie. |
| 29 | Je suis devenu le frère des chacals, Le compagnon des autruches. |
| 30 | Ma peau noircit et tombe, Mes os brûlent et se dessèchent. |
| 31 | Ma harpe n'est plus qu'un instrument de deuil, Et mon chalumeau ne peut rendre que des sons plaintifs. |