| | Louis Segond | Abbé Crampon |
| 1 | Job prit de nouveau la parole sous forme sentencieuse et dit : | Job reprit encore son discours et dit : |
| 2 | Oh ! que ne puis-je être comme aux mois du passé, Comme aux jours où Dieu me gardait, | Oh! Qui me rendra les mois d'autrefois, les jours où Dieu veillait à ma garde; |
| 3 | Quand sa lampe brillait sur ma tête, Et que sa lumière me guidait dans les ténèbres ! | quand sa lampe brillait sur ma tête, et que sa lumière me guidait dans les ténèbres! |
| 4 | Que ne suis-je comme aux jours de ma vigueur, Où Dieu veillait en ami sur ma tente, | Tel que j'étais aux jours de mon âge mûr, quand Dieu me visitait familièrement dans ma tente, |
| 5 | Quand le Tout Puissant était encore avec moi, Et que mes enfants m'entouraient ; | quand le Tout-Puissant était encore avec moi, et que mes fils m'entouraient; |
| 6 | Quand mes pieds se baignaient dans la crème Et que le rocher répandait près de moi des ruisseaux d'huile ! | quand je lavais mes pieds dans le lait, et que le rocher me versait des flots d'huile! |
| 7 | Si je sortais pour aller à la porte de la ville, Et si je me faisais préparer un siège dans la place, | Lorsque je sortais pour me rendre à la porte de la ville, et que j'établissais mon siège sur la place publique, |
| 8 | Les jeunes gens se retiraient à mon approche, Les vieillards se levaient et se tenaient debout. | en me voyant, les jeunes gens se cachaient, les vieillards se levaient et se tenaient debout. |
| 9 | Les princes arrêtaient leurs discours, Et mettaient la main sur leur bouche ; | Les princes retenaient leurs paroles, et mettaient leur main sur la bouche. |
| 10 | La voix des chefs se taisait, Et leur langue s'attachait à leur palais. | La voix des chefs restait muette, leur langue s'attachait à leur palais. |
| 11 | L'oreille qui m'entendait me disait heureux, L'oeil qui me voyait me rendait témoignage ; | L'oreille qui m'entendait me proclamait heureux, l'oeil qui me voyait me rendait témoignage. |
| 12 | Car je sauvais le pauvre qui implorait du secours, Et l'orphelin qui manquait d'appui. | Car je sauvais le pauvre qui implorait du secours, et l'orphelin dénué de tout appui. |
| 13 | La bénédiction du malheureux venait sur moi ; Je remplissais de joie le coeur de la veuve. | La bénédiction de celui qui allait périr venait sur moi, je remplissais de joie le coeur de la veuve. |
| 14 | Je me revêtais de la justice et je lui servais de vêtement, J'avais ma droiture pour manteau et pour turban. | Je me revêtais de la justice comme d'un vêtement, mon équité était mon manteau et mon turban. |
| 15 | J'étais l'oeil de l'aveugle Et le pied du boiteux. | J'étais l'oeil de l'aveugle, et le pied du boiteux. |
| 16 | J'étais le père des misérables, J'examinais la cause de l'inconnu ; | J'étais le père des pauvres, j'examinais avec soin la cause de l'inconnu. |
| 17 | Je brisais la mâchoire de l'injuste, Et j'arrachais de ses dents la proie. | Je brisais la mâchoire de l'injuste, et j'arrachais sa proie d'entre les dents. |
| 18 | Alors je disais : Je mourrai dans mon nid, Mes jours seront abondants comme le sable ; | Je disais : « Je mourrai dans mon nid, j'aurai des jours nombreux comme le sable. |
| 19 | L'eau pénétrera dans mes racines, La rosée passera la nuit sur mes branches ; | Mes racines s'étendent vers les eaux, la rosée passe la nuit dans mon feuillage. |
| 20 | Ma gloire reverdira sans cesse, Et mon arc rajeunira dans ma main. | Ma gloire reverdira sans cesse, et mon arc reprendra sa vigueur dans ma main. » |
| 21 | On m'écoutait et l'on restait dans l'attente, On gardait le silence devant mes conseils. | On m'écoutait et l'on attendait, on recueillait en silence mon avis. |
| 22 | Après mes discours, nul ne répliquait, Et ma parole était pour tous une bienfaisante rosée ; | Après que j'avais parlé, personne n'ajoutait rien; ma parole coulait sur eux comme la rosée. |
| 23 | Ils comptaient sur moi comme sur la pluie, Ils ouvraient la bouche comme pour une pluie du printemps. | Ils m'attendaient comme on attend la pluie; ils ouvraient la bouche comme aux ondées de printemps. |
| 24 | Je leur souriais quand ils perdaient courage, Et l'on ne pouvait chasser la sérénité de mon front. | Si je leur souriais, ils ne pouvaient le croire; ils recueillaient avidement ce signe de faveur. |
| 25 | J'aimais à aller vers eux, et je m'asseyais à leur tête ; J'étais comme un roi au milieu d'une troupe, Comme un consolateur auprès des affligés. | Quand j'allais vers eux, j'avais la première place, je siégeais comme un roi entouré de sa troupe, comme un consolateur au milieu des affligés. |