| | Louis Segond | Abbé Crampon |
| 1 | Job prit la parole et dit : | Alors Job prit la parole et dit : |
| 2 | J'ai souvent entendu pareilles choses ; Vous êtes tous des consolateurs fâcheux. | J'ai souvent entendu de semblables harangues; vous êtes tous d'insupportables consolateurs. |
| 3 | Quand finiront ces discours en l'air ? Pourquoi cette irritation dans tes réponses ? | Quand finiront ces vains discours ? Quel aiguillon t'excite à répliquer ? |
| 4 | Moi aussi, je pourrais parler comme vous, Si vous étiez à ma place : Je vous accablerais de paroles, Je secouerais sur vous la tête, | Moi aussi, je saurais parler comme vous, si vous étiez à ma place; j'arrangerais de beaux discours à votre adresse, je secouerais la tête sur vous; |
| 5 | Je vous fortifierais de la bouche, Je remuerais les lèvres pour vous soulager. | je vous encouragerais de la bouche, et vous auriez pour soulagement l'agitation de mes lèvres. |
| 6 | Si je parle, mes souffrances ne seront point calmées, Si je me tais, en quoi seront-elles moindres ? | Si je parle, ma douleur n'est pas adoucie; si je me tais, en est-elle soulagée ? |
| 7 | Maintenant, hélas ! il m'a épuisé... Tu as ravagé toute ma maison ; | Aujourd'hui, hélas! Dieu a épuisé mes forces... ô Dieu, tu as moissonné tous mes proches. |
| 8 | Tu m'as saisi, pour témoigner contre moi ; Ma maigreur se lève, et m'accuse en face. | Tu me garrottes... c'est un témoignage contre moi!... ma maigreur se lève contre moi, en face elle m'accuse. |
| 9 | Il me déchire et me poursuit dans sa fureur, Il grince des dents contre moi, Il m'attaque et me perce de son regard. | Sa colère me déchire et me poursuit, il grince des dents contre moi; mon ennemi darde sur moi ses regards. |
| 10 | Ils ouvrent la bouche pour me dévorer, Ils m'insultent et me frappent les joues, Ils s'acharnent tous après moi. | Ils ouvrent leur bouche pour me dévorer, ils me frappent la joue avec outrage, ils se liguent tous ensemble pour me perdre. |
| 11 | Dieu me livre à la merci des impies, Il me précipite entre les mains des méchants. | Dieu m'a livré au pervers, il m'a jeté entre les mains des méchants. |
| 12 | J'étais tranquille, et il m'a secoué, Il m'a saisi par la nuque et m'a brisé, Il a tiré sur moi comme à un but. | J'étais en paix, et il m'a secoué, il m'a saisi par la nuque, et il m'a brisé. Il m'a posé en but à ses traits, |
| 13 | Ses traits m'environnent de toutes parts ; Il me perce les reins sans pitié, Il répand ma bile sur la terre. | ses flèches volent autour de moi; il perce mes flancs sans pitié, il répand mes entrailles sur la terre; |
| 14 | Il me fait brèche sur brèche, Il fond sur moi comme un guerrier. | il me fait brèche sur brèche, il fond sur moi comme un géant. |
| 15 | J'ai cousu un sac sur ma peau ; J'ai roulé ma tête dans la poussière. | J'ai cousu un sac sur ma peau, et j'ai roulé mon front dans la poussière. |
| 16 | Les pleurs ont altéré mon visage ; L'ombre de la mort est sur mes paupières. | Mon visage est tout rouge de larmes, et l'ombre de la mort s'étend sur mes paupières, |
| 17 | Je n'ai pourtant commis aucune violence, Et ma prière fut toujours pure. | quoiqu'il n'y ait pas d'iniquités dans mes mains, et que ma prière soit pure. |
| 18 | O terre, ne couvre point mon sang, Et que mes cris prennent librement leur essor ! | O terre, ne couvre point mon sang, et que mes cris s'élèvent librement! |
| 19 | Déjà maintenant, mon témoin est dans le ciel, Mon témoin est dans les lieux élevés. | A cette heure même, voici que j'ai mon témoin dans le ciel, mon défenseur dans les hauts lieux. |
| 20 | Mes amis se jouent de moi ; C'est Dieu que j'implore avec larmes. | Mes amis se moquent de moi, c'est vers Dieu que pleurent mes yeux. |
| 21 | Puisse-t-il donner à l'homme raison contre Dieu, Et au fils de l'homme contre ses amis ! | Qu'il juge lui-même entre Dieu et l'homme, entre le fils de l'homme et son semblable! |
| 22 | Car le nombre de mes années touche à son terme, Et je m'en irai par un sentier d'où je ne reviendrai pas. | Car les années qui me sont comptés s'écoulent, et j'entre dans un sentier d'où je ne reviendrai pas. |