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Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes

Témoignage de Nino Tirelli


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Par la suite j'ai été transféré dans un autre couvent pour y commencer mon noviciat, c'est-à-dire le temps de mise à l'épreuve et de préparation des candidats à la vie religieuse. Ensuite il faut prononcer le triple vœu d'obéissance, de chasteté, et de pauvreté. C'est ce que j'ai fait au bout d'un an. Les trois nœuds de la cordelière des Franciscains symbolisent ce triple vœu.

 

Déjà au Séminaire, ma volonté devait être tenue pour morte; mais maintenant, à plus forte raison encore, il me fallait abdiquer complètement. J'ai reçu un autre nom, celui de frère Matthias. J'ai revêtu l'habit monastique et reçu la tonsure. Même en plein hiver, j'avais les pieds nus dans des sandales. Tout confort était banni de nos cellules, et nous nous levions à minuit pour descendre chanter l'office dans l'église. Presque chaque jour je devais porter le cilice, jeûner, et me flageller pour expier mes péchés. Le temps me manque pour tout dire sur ce chapitre-là, mais ces sacrifices et ces mortifications ne me procuraient pas la paix. J'avais un ardent désir d'être délivré de cet esclavage spirituel.

 

Après trois ans d'études philosophiques, j'ai dû renouveler ces vœux, qui devenaient désormais définitifs et me liaient pour la vie. Ensuite j'ai fait quatre ans de théologie, avant de recevoir l'ordination sacerdotale le 12 juillet 1942. Tel est, en quelques mots, mon "curriculum vitae": quatorze ans d'études, d'expériences, de luttes, et de souvenirs indélébiles. La discipline rigide et l'isolement qui sévissaient dans ce milieu clos m'ont rapidement subjugué, au point que bientôt j'ai suivi cette voie toute tracée, cessant de me demander si j'étais sur le bon chemin ou non.

 

Dès le noviciat, j'avais commencé à me demander si j'étais bien dans la voie que Dieu avait tracée pour moi, et si je devais persévérer. N'aurait-il pas mieux valu tout quitter et rentrer à la maison? J'ai fait part de ces combats à mes supérieurs, leur confiant l'état de mon âme. Ils ont répondu: "Restez là où le Seigneur vous a placé: tout le reste vient du Malin!" Ayant été élevé dans l'obéissance, toujours habitué à dire "oui", même dans l'amertume, j'ai accepté leur conseil et poursuivi ma route. Mais Dieu, qui sonde nos cœurs et voit les parties les plus secrètes de notre être, avait déjà accueilli mon cri et préparait déjà ma libération.

 

 

La prêtrise

 

Les études de philosophie, auxquelles s'ajoutait le changement de couvent et de ville, contribuèrent quelque peu à atténuer mes doutes. Mais ceux-ci ressurgirent, décuplés, à la veille de mon ordination. Conscients de mes luttes intérieures, mes supérieurs m'envoyèrent dans un couvent particulièrement isolé pour m'y faire faire "un lavage de cerveau", comme on dit aujourd'hui. A cause des humiliations que je dus subir, du début de la Deuxième Guerre Mondiale, de mon isolement, et de ma crainte de tomber dans une situation encore pire, j'acceptai bon gré mal gré l'ordination sacerdotale.

 

Ce fut le début d'une nouvelle étape dans ma vie. Le ministère sacerdotal me procura des contacts avec toutes sortes de personnes. Après le décès de mes parents et la fin de la guerre, j'assumai les fonctions d'enseignant, de confesseur, et d'aumônier d'hôpital dans plusieurs villes différentes. Mais la paix me fuyait, et mon âme était inquiète. Après avoir passé vingt et un ans avec les Capucins, je rejoignis l'Ordre des Conventuels, un ordre franciscain moins strict. On me transféra dans la province monastique de Rome.

 

Tout nouveau, tout beau. Je croyais enfin avoir trouvé un havre de paix, mais j'étais dans l'illusion. Mes doutes refirent surface, et je continuais à me heurter à l'incompréhension. Après cinq ans de service dans le "Gymnase de Neptune" à Rome je fus brusquement exilé dans le couvent solitaire de Sezze Romano dans le Latium. En un sens, rien ne me manquait, et en même temps tout me manquait. C'est paradoxal, mais vrai. Ma vie tournait comme une roue: Horaires fixes, programmes, enseignement, école, messe, confessions... Tel était mon lot quotidien.

 

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- Dernière mise à jour le 20/08/2008 -



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