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Article d'information - A63 |
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mis le 03/06/2005
modifié le 06/06/2005
Des liens de l'esclavage à la liberté
Témoignage de Théophile Amougou
1 - Les premières années de ma vie
Je suis né le 30 mai 1969 au sud du Cameroun, en forêt équatoriale, dans une ville appelée Sangmelima, à deux heures de voiture de Yaoundé, capitale administrative du Cameroun. Sangmelima est à la limite entre le sud du Cameroun, le Gabon et la Guinée Equatoriale. Mes parents étaient du groupe ethnique des Bétis.
Je suis né dans une famille modeste, mon père était infirmier, ma mère ménagère. J'étais le sixième enfant d'une famille, qui, plus tard allait en compter sept. Mes parents étaient des Catholiques très pratiquants, et avaient des responsabilités dans l'église locale.
Ma naissance fut peu ordinaire ; ma mère vivait une vive tension avec sa belle-famille. Ceci devait l'amener à être répudiée par la belle-famille, qui l'a accusée de grossesse adultérine. En Afrique la répudiation d'une femme pour des raisons d'adultère reste une grande humiliation pour la femme mariée et sa famille.
Ces accusations n'avaient pas de fondement sérieux, et la bonne moralité de ma mère fut prouvée à ma naissance car je ressemblais parfaitement à mon père.
Selon la tradition de l'ethnie Béti au Cameroun dont je suis originaire, je devais recevoir le nom d'un homme dont je serai désormais l'homonyme. Le petit frère de mon père, Amougou Théophile, instituteur directeur d'école primaire à Yaoundé, a eu cet honneur de donner son nom à son neveu.
Je reste persuadé que, si le consentement de ma maman avait été sollicité, elle aurait exprimé son désaccord pour de nombreuses raisons de famille à cette époque précise. Les événements qui marquèrent ma vie par la suite confirmeront les réticences de ma mère vis-à-vis de la belle-famille.
J'avais moins de 5 ans lorsque nous avons quitté la ville de Sangmelima pour aller à Yaoundé, la capitale du Cameroun, à la suite d'une affectation administrative de mon père qui était infirmier.
Selon "le rituel de l'homonyme", l'enfant doit ressembler dans plusieurs domaines à celui dont il porte le nom. En général, c'est un homme pour qui on a de l'admiration.
Ainsi mon oncle m'apporta affection et conseils, auxquels s'ajoutèrent de nombreuses séances d'occultisme alors que je n'avais même pas atteint ma huitième année. Je me souviens qu'il y avait deux et parfois trois personnes présentes qui allumaient des bougies, qui traçaient des figures sur le sable, qui versaient des liquides, qui faisaient des scarifications sur mon corps, qui faisaient des impositions de mains sur moi, etc. Ces séances d'occultisme avaient pour but non seulement de m'apporter la protection, mais aussi de préserver ma sagesse et mon intelligence ; mon oncle voulait que je sois à son image, comme notre tradition l'exigeait.
Je garde encore des souvenirs et des témoignages authentiques de séances de spiritisme, de nombreuses scarifications que je porte sur mon corps, reçues dans la douleur. Les scarifications en elles-mêmes semblaient être de simples rites. Cependant spirituellement, elles eurent un impact puissant avec les ténèbres et furent des contributions sanguines que Satan exigeait de nous. Dans de rares cas, un animal domestique devait être égorgé selon un rituel démoniaque. Le plus souvent, du sang humain était exigé. En effet, de nombreux pactes dans le monde occulte sont scellés par le sang au travers des pratiques citées plus haut.
Les séances occultes coûtèrent des sommes considérables à mon oncle. Les initiations reçues devaient être gardées secrètes, règle d'or pour ces marchands de puissance. Nous avions la certitude, comme de nombreuses personnes, que nous étions à l'abri de tout soupçon.
Ces séances, supposées être pour nous des bénédictions et autres protections étaient en réalité des séances de possessions démoniaques, pour les apprentis sorciers que nous étions sans le savoir.
Alors que j'avais 4 ans environ, ma mère étant absente, j'étais un jour en visite chez une tante à Yaoundé. Cette tante, pour laver le linge, avait acheté de l'eau de Javel qu'elle avait versée dans une bouteille vide des Brasseries du Cameroun. Croyant qu'il s'agissait de Top Champagne, j'ai pris la bouteille et j'avalai une forte dose d'eau de Javel. Toutes les conditions étaient réunies pour ma mort.
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| - Dernière mise à jour le 11/04/2008 - |