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Le témoignage d'une ancienne religieuse brésilienne

L'appel du Seigneur et l'incendie providentiel


.../...

           Un matin au réveil, je me suis aperçue que mes deux amies étaient parties. Elles s'étaient enfuies du couvent ! J'ai été profondément déçue. Désormais, j'étais seule. Pire encore, la Mère Supérieure m'a soupçonnée de les avoir aidées à s'enfuir. Elle était catégorique : j'étais coupable, car certains indices semblaient en témoigner. Le lendemain matin, quand à mon réveil j'ai voulu allumer le feu (c'était là une des tâches qui m'incombaient) j'ai vu que les allumettes avaient disparu, alors qu'elles étaient toujours dans le tiroir de la table de la cuisine. Il m'a fallu aller en chercher à l'infirmerie. Il était rigoureusement interdit à toute religieuse de se rendre dans un lieu qui était sous la responsabilité d'une autre. Alors que je cherchais les allumettes, j'ai été surprise par une des sœurs qui m'avaient accusée d'avoir aidé mes amies à s'enfuir. On m'a donc séparée des autres, et on m'a interdit d'étudier pendant un an. Comme punition, on m'a défendu d'adresser la parole à qui que ce soit, et on m'a imposé les corvées les plus dures à la cuisine, à la buanderie, et au poulailler. Bien des fois j'ai dû travailler jusqu'à l'aube, rien que pour finir mon travail. Quelquefois la sonnerie du lever retentissait alors que je n'avais encore pas pu me coucher. Pendant ces jours terribles, tout en travaillant à la buanderie, je m'agenouillais parfois en pleurant devant un crucifix, disant : "Oh Seigneur, je cherche la voie, mais je ne l'ai pas encore trouvée." Que de larmes de désespoir j'ai versées, en quête de quelque espoir, de quelque consolation, mais je n'en trouvais nulle part.

 

           Au cours de cette période atroce, ma mère est tombée gravement malade, et on l'a hospitalisée. Elle m'a fait demander d'aller la voir, mais on ne me l'a pas permis. La Supérieure m'a dit que je devais seulement prier Dieu, puisque ma vie lui appartenait, et renoncer à toute pensée d'un retour en arrière. Tout ce que je pouvais donc faire était prier avec ferveur pour que ma mère retrouvât la santé. Un jour ma sœur est venue au couvent, disant qu'il me fallait venir tout de suite si je voulais revoir ma mère vivante. La Supérieure a consenti à m'accorder deux heures. Il fallait traverser toute la ville en autobus, et le trajet n'en finissait pas. Quand je suis entrée dans la chambre de ma mère, elle a ouvert les yeux et m'a regardée pendant quelques secondes, puis elle a murmuré :"J'ai cru que jamais tu ne viendrais pour être près de moi pendant mes dernières minutes." Puis elle a fermé les yeux. J'ai été incapable d'articuler le moindre mot ; peut-être était-ce à cause de ces semaines de punition pendant lesquelles on m'avait imposé le silence. Pas un seul mot ne me venait : ma douleur était presque insupportable. C'est alors que mon âme a été remplie d'amertume. J'étais en présence de la personne que j'aimais le plus, de celle qui m'avait consacré sa vie. Elle quittait ce monde pour entrer dans l'éternité, et je ne pouvais rien faire pour elle. Le cœur ravagé, je suis revenue au couvent pour reprendre ma dure vie de pénitence.

 

           Peu après, la Mère Supérieure a décidé de séparer certaines sœurs en les répartissant dans divers couvents. Moi aussi, j'ai été envoyée dans un autre couvent. Quoique là aussi, on menât une existence bien sévère, j'ai été traitée de façon plus humaine. On a pris soin de ma santé, et on m'a aidée de plusieurs manières. Mais dans ce couvent-là on pratiquait des pénitences cruelles. Bien des fois on nous faisait lever à une heure du matin, pour nous rendre à la chapelle et y subir une pénitence si sévère qu'il était strictement interdit aux religieuses d'en souffler mot, même si elles quittaient le couvent, sous peine de péché mortel. Cette pénitence commence par une prière, et ensuite la Mère Supérieure dit : "Jésus a été souffleté : que toutes reçoivent donc des soufflets !" Ensuite, elle disait que Jésus avait été flagellé, et toutes, nous recevions des coups de fouet. Jésus avait rampé à genoux ; alors nous parcourions la chapelle d'un bout à l'autre sur les genoux, jusqu'à ce que nos genoux soient couverts de bleus ou même en sang. Jésus était resté en croix, les bras étendus, pendant six heures : nous devions donc garder les bras étendus sans bouger pendant une heure environ, en récitant le chapelet. N'oubliez pas que cela se passait à une heure du matin. Le but de cette pénitence était d'obtenir la conversion des pécheurs, le soulagement des âmes du purgatoire, et le salut de nos propres âmes. Nous nous adonnions à ce rituel, nous figurant que les âmes du purgatoire avaient besoin de nos souffrances pour être sauvées.

 

           Au bout de quelque temps, j'avais donné à mes supérieures des gages de mon obéissance ; la Mère Supérieure m'a alors dit que je pourrais rester dans ce couvent, y recevoir l'habit et prononcer mes vœux. Mais il me fallait d'abord faire une dernière visite à ma famille. Après cela, je ne ressortirais plus jamais du couvent. On m'a accordé un mois pour cette visite, ce qui était inhabituel.

 

.../...


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- Dernière mise à jour le 24/11/2008 -



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